Premier Forum citoyen à Foix sur un air de Front Populaire…

par | 3 Oct, 2019

Les 21 et 22 septembre derniers, les insoumis.e.s ariégeois.e.s organisaient leur premier Forum Citoyen à la salle Isabelle Sandy à Foix.  Cet événement visait à offrir un espace d’expression et de débat pour différentes organisations, et à favoriser la rencontre entre insoumis.e.s, autres militant.e.s politiques, associatifs et syndicaux, et simple citoyen.ne.s, afin d’échanger sur les enjeux sociaux et environnementaux en Ariège.

Ce format particulier constitue une nouveauté pour nous. Depuis l’implantation de notre mouvement en Ariège, en 2016, les insoumis.e.s se sont mobilisés pendant les périodes électorales nationales pour faire progresser nos idées politiques. Ils ont par ailleurs mené plusieurs campagnes d’opinion, pour la sortie du nucléaire, pour dénoncer la fraude fiscale, pour sensibiliser la population à la lutte contre la pauvreté, ou encore pour défendre nos services publics de santé. Lors des événements que nous avions organisés jusque-là, excepté pour la venue de François Ruffin et la projection du film « J’veux du soleil » en mai dernier, nous étions toujours restés maîtres du déroulé et du message que nous souhaitions transmettre.

Il est vrai que les insoumis.e.s s’étaient déjà joint.e.s à d’autres organisations lors des nombreuses manifestations qui ont émaillé le paysage social depuis l’élection du Président de la République et la prise de pouvoir des marcheurs. Mais cette fois-ci, nous avons souhaité aller plus loin encore, en rassemblant les représentant.e.s et militant.e.s d’autres organisations pour partager nos luttes communes, avec une liberté de parole totale.

Il s’agit d’une modeste contribution à la nécessaire convergence des luttes, peut-être la première étape vers l’émergence de la fédération populaire que nous appelons de nos vœux. Cette démarche nous semble constituer un début de réponse politique à la situation de crise que nous traversons depuis plusieurs années. Nous ne pouvons continuer à agir isolément les uns des autres. Il est temps de construire des ponts entre nos organisations politiques, syndicales et associatives, sur des bases politiques clairement établies, afin d’œuvrer de concert pour aider les citoyen.ne.s à s’emparer enfin de la « chose publique », construire un front populaire et mettre un terme aux politiques néo-libérales et écocidaires qui menacent l’avenir de notre civilisation.

Pendant tout le week-end, des stands ont été mis à disposition des personnes qui souhaitaient exposer leurs actions. Ainsi, on pouvait trouver un point de récolte de signatures pour le Référendum d’Initiative Populaire contre la vente d’Aéroports de Paris, qui permettait aux gens d’effectuer directement la démarche en ligne, grâce à un ordinateur connecté au réseau. Le Parti Ouvrier Indépendant animait quant à lui un espace pour présenter son organisation et en particulier son journal indépendant. Il y avait aussi Sabine, citoyenne active au sein du mouvement des Gilets Jaunes, qui proposait un stand dédié à ce mouvement populaire sans précédent, et qui présentait certaines des luttes sociales en cours. Il était aussi possible de trouver des informations sur la réforme actuelle de l’Office Nationale des Forêts. Enfin, la France Insoumise avait bien entendu aussi son stand, sur lequel étaient exposés notre programme « L’avenir en commun » et nos 40 livrets thématiques, des tracts, des informations sur le mouvement et quelques objets militants…

Ce forum citoyen n’aurait pas été un moment aussi agréable sans les militant.e.s qui ont assuré la convivialité des échanges, sous la houlette bienveillante de l’inénarrable « Dame Valérie », en proposant un espace « goûter et breuvages », pour le plus grand plaisir de tou.t.e.s. Ainsi, entre deux interventions-débats, chacun a eu le loisir de venir se désaltérer et/ou se régaler avec une variété de mets préparés avec soin par les insoumis.e.s.

Le programme des deux journées fut très dense et varié. Les présentations, débats et conférences ont suscité de nombreux échanges cordiaux et constructifs. A l’issue de ce premier forum citoyen, nous tirons un bilan très positif de cette manifestation et nous réitérerons l’opération prochainement, sans doute sur des thématiques plus ciblées, dans une perspective d’améliorer notre coopération avec d’autres organisations militantes locales.

Voici maintenant une description détaillée des événements du week-end.

JOUR 1

La première journée proposait un large panel de sujets en rapport avec les luttes sociales et politiques en cours.

L’après-midi s’est ouverte avec Dominique Antras et Jean Guy Albouy, les deux co-animateurs du groupe Agorariège des Insoumis du Couserans, qui ont abordé la question centrale de la ruralité. C’est sous l’angle de la réforme territoriale (loi NOTRe) et de la désertification des services publics qu’ils ont choisi très justement de traiter ce sujet complexe mais oh combien d’actualité pour les ariégeois.e.s. Depuis l’accroissement de la taille des intercommunalités, la baisse des dotations publiques aux collectivités, le phénomène de « métropolisation », l’austérité budgétaire imposée par les lois de finance successives, jusqu’à la disparition des services publics et à la perte d’attractivité des territoires, leur présentation a dressé un portrait assez complet du sujet, qui a donné lieu à un débat riche et très vivant avec le public.

Eric Diana du syndicat Solidaires Finances Publiques nous a ensuite exposé un cas concret de destruction du service public : la réforme des finances publiques. Il nous a décrit les impacts qu’aurait la réforme en Ariège, avec la disparition programmée de toutes les trésoreries du département, au profit de ce que le Ministre de l’Action et du Budget de l’État, monsieur Gérald Darmanin, appelle les « accueils de proximité ». Pour résumer, les services essentiels tels que le recouvrement de l’impôt seront tous regroupés sur Foix, Pamiers et Saint-Girons. Les fameux « accueils de proximité » seront installés dans les mairies ou les Maisons France Services, quand celles-ci existent. Ils seront tenus par des « animateurs/agents polyvalents » dont le rôle se limitera à délivrer quelques informations de base et à accompagner les usagers dans leurs démarches sur Internet.

Après cela, Dominique Masset  faucheur volontaire et co-fondateur de la « Campagne Glyphosates » est venu nous raconter l’histoire et l’actualité de son combat, en mettant l’accent sur le principe de « désobéissance civile ». Il nous a décrit la démarche qui consiste à rechercher le procès, non par masochisme, mais parce qu’il permet d’offrir une tribune publique pour exposer un problème de société. Convoqués devant la justice pour avoir rendus impropres à la vente des centaines de bidons de produits phytosanitaires dans les rayons de supermarchés, quelques faucheurs volontaires ont lancé une campagne nationale de tests d’urine, réalisés devant huissier, pour démontrer l’omniprésence des pesticides dans notre environnement, jusque dans le corps humain. Ils ont organisé des dépôts de plainte contre les responsables politiques et économiques qui permettent à ces produits dangereux de rester sur le marché. Devant les résultats incontestables des examens et la portée de l’affaire, le Tribunal de Grande Instance de Foix s’est déclaré inapte à la juger, et a demandé son report devant une plus haute juridiction. Depuis, des milliers d’analyses d’urine et de plaintes ont été faites, auxquelles certains élu.e.s ont participé, dont nos députés insoumis.e.s ariégeois. Il s’agit d’une première victoire pour les militant.e.s. Ce qui était une modeste initiative locale prend une ampleur nationale et même internationale !

Après le récit de Dominique et l’échange passionnant qui a suivi,  Noëlle Morales, maire de Le Port, est venue nous parler de son combat pour le maintien de la gestion publique communale de l’eau dans son village. Conséquence de la réorganisation territoriale voulue par la loi NOTRe, les collectivités sont « encouragées » à mutualiser toujours plus leurs moyens. La compétence eaux et assainissement échoit désormais aux intercommunalités. Mais le village de Le Port, qui a organisé le service de l’eau en régie communale grâce à deux sources disponibles sur son territoire, ne souhaite pas rejoindre le Service des Eaux du Couserans. A travers l’exemple que nous a livré Mme Morales, c’est toute la question de la démocratie locale et du pouvoir des maires qui est posée, dans un contexte ou de gigantesques intercommunalités éloignées des citoyen.ne.s prennent toutes les décisions importantes, souvent au détriment des petites communes et sans véritable contrôle démocratique.

Puis, Livio Tilatti, délégué SNUPFEN-Solidaires, est venu nous parler des transformations en cours à l’Office National des Forêts (ONF) et de leurs effets délétères en termes de gestion de la forêt. L’ONF s’est vu confié depuis sa création en 1964 d’importantes missions de service public. Il assume la gestion et la protection des forêts du domaine public (environ 10 % du territoire national), contribue à l’aménagement de certains territoires de montagne et du littoral, et assure des missions d’accueil du public. Il faut savoir que près de 40 % de l’approvisionnement de la filière bois provient des forêts publiques. Par ailleurs, l’ONF contribue très largement à la protection de l’environnement et à la sensibilisation de la population aux enjeux actuels. Malheureusement cet établissement public connaît des difficultés financières importantes depuis de nombreuses années. Ses effectifs ont déjà été réduits de 40 % en 30 ans. La situation s’étant aggravée au cours de l’année 2018, le Gouvernement a décidé de créer une mission inter-ministérielle pour évaluer rigoureusement la situation et proposer des solutions. Mais les préconisations du rapport sur l’évaluation du contrat d’objectifs et performance (COP) 2016-2020 de l’Office national des forêts (ONF), publié le 15 juillet dernier, semblent confirmer certaines des inquiétudes formulées par les agents de l’ONF, et ravive les tensions. Selon Livio, ce qui se profile à l’horizon c’est la privatisation de l’ONF, qui s’oriente de plus en plus vers des logiques industrielles de production de bois, quitte à utiliser des essences à croissance rapide, inadaptées à certains territoires, au détriment d’une sylviculture raisonnée qui préserve la biodiversité. Pour illustrer son propos, il a évoqué longuement la création d’une méga scierie à Lannemezan, qui ferait courir des risques importants sur la hêtraie pyrénéenne.

Vint ensuite une présentation suivie d’un débat au sujet de l’urgence climatique, animés par Agnès Leclerc de la Coalition Climat 09. Les médias nous parlent beaucoup à ce sujet, particulièrement en ce moment avec le mouvement international de jeunesse mené par Greta Thunberg. Pourtant, depuis la 21ème Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, plus communément appelée COP 21, qu’ont fait concrètement les gouvernements du monde pour enrayer le phénomène du réchauffement climatique et pour préparer les populations aux conséquences qui en découlent ? Que pouvons-nous faire, nous citoyen.ne.s, pour accélérer la prise de conscience et agir véritablement pour relever ce défi sans précédent ? Agnès nous a décrit avec beaucoup de verve la crise climatique et écologique actuelle, dont la résolution passe nécessairement par un changement profond du paradigme socio-économique qui régit nos sociétés modernes. Fin du monde ,fin de mois, mêmes responsables , même combat ! Il n’est pas possible de relever le défi du changement climatique sans affronter aussi la crise démocratique et sociale en cours. La lutte contre le changement climatique ne saurait se faire au détriment des plus démunis, et il est impératif de remettre en question le modèle économique capitaliste et néo-libéral actuel, qui permet à une poignée d’individus de s’accaparer la plus grande partie des richesses du monde, en pillant et détruisant la nature, et qui les autorise à porter atteinte à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

Enfin, la journée s’est terminée par l’intervention de Jean Jacques Lasmolles au sujet du transport public ferroviaire et du fret en général, puis plus particulièrement de son engagement au sein du collectif pour le maintien de la ligne SNCF Toulouse/Latour-de-Carol. La transcription dans le droit français des paquets ferroviaires votés au Parlement Européen dénature complètement l’entreprise publique historique qu’est la Société Nationale des Chemins de Fer. Les logiques de rentabilité et d’optimisation des profits ont pris le pas sur la notion de service public. Le nouveau groupe SNCF s’est organisé comme une multinationale et il s’est divisée en de nombreuses filiales. En France, on trouve SNCF Participations, SNCF Réseau, SNCF Mobilités… De très nombreuses liaisons de chemin de fer ont déjà été abandonnées, au profit du « tout voiture ». Le service ne cesse de se dégrader bien que les tarifs aient globalement augmenté. En Occitanie, ce sont prêt de 40 % des TER qui seraient menacés. Il ne subsiste plus que deux lignes de nuit dans le pays, dont la ligne Latour-de-Carol/Toulouse/Paris. Depuis décembre dernier, il n’y a plus aucun contrôleur sur cette ligne, ce qui a déjà posé de sérieux problèmes de sécurité pour les voyageurs (on dénombre plusieurs agressions physiques, dont certaines suffisamment graves pour être jugées au TGI de Foix). Le collectif de défense se réunit régulièrement pour organiser des actions afin de dénoncer la situation et d’alerter la population et la classe politique. L’enjeu est de taille, car la ligne Toulouse/Latour-de-Carol est empruntée quotidiennement par de nombreuses personnes et fait partie des axes de communication essentiels entre l’Ariège et la métropole toulousaine.

JOUR 2

La deuxième journée avait un parfum plus politique… Après avoir dressé un panorama non exhaustif des combats en cours en Ariège et ailleurs, il s’agissait d’envisager quelles réponses nous pouvions collectivement apporter à la crise aux multiples visages que traverse actuellement notre pays.

Nous avons commencé par la projection d’une courte vidéo de Michel Larive, député La France Insoumise de la 2e circonscription de l’Ariège, qui tenait à saluer les personnes présentes dans la salle et à nous encourager, n’ayant pu lui même participer à ce forum pour une question d’agenda.

Puis ce fut  le tour de Bénédicte Taurine, députée La France Insoumise de la 1ère circonscription de l’Ariège, d’intervenir pour nous parler en détail du  travail effectué à l ‘Assemblée Nationale depuis le début de son mandat. Cette présentation a été suivie d’un échange amical avec le public, sous forme de questions/réponses.

Ensuite, Isabelle Loison nous a présenté le journal d’information du Parti Ouvrier Indépendant, dont les colonnes font régulièrement état des mobilisations sociales, et regorgent d’analyses politiques de qualité qui contribuent à forger l’esprit critique des lecteurs, dans une perspective humaniste et solidaire.

L’après-midi s’est poursuivie par une intervention de Jean Guy Albouy, Insoumis de St-Girons, qui est venu décortiquer point par point le projet contesté de la réforme des retraites. L’ambition du gouvernement actuel est bel et bien de mettre un terme au système de pensions de retraites par répartition au profit d’un système de retraite par points, c’est à dire par capitalisation.

Vint le moment de parler du mouvement des Gilets Jaunes et de la violente répression policière à laquelle il doit faire face, avec l’intervention émouvante de « Mamie G », doyenne du mouvement en Ariège. Depuis le 17 novembre, des centaines de personnes se mobilisent chaque semaine dans le département. Presque un an plus tard, la grogne sociale est toujours aussi vive et aucune réponse sérieuse n’a été apportée par le Gouvernement, qui oppose son plus grand mépris aux revendications légitimes de centaines de milliers de personnes dans tout le pays.

Linda Manceau, co-animatrice  du groupe d’action Pamiers l’insoumise, a ensuite animé un débat sur la question de l’abstention grandissante aux derniers scrutins. Qui sont les abstentionnistes et pourquoi se détournent-ils ainsi des urnes ? Comment transformer leur dégoût et leur colère envers la classe politique en engagement citoyen ? Quels outils faudrait-il mettre en place pour leur permettre d’exprimer leur désaccord avec les politiques menées par les gouvernements successifs depuis des décennies ? La France Insoumise a proposé d’instaurer le vote obligatoire et la prise en compte du vote blanc, afin de pouvoir exprimer véritablement le rejet des candidats en lice et d’exiger de nouveaux candidats. Est-ce que cela serait susceptible de ramener les citoyen.ne.s vers les urnes  et de dégager une bonne fois pour toute la classe politique actuelle ?

Les élections municipales furent bien sûr évoquées par Marcel Lopez, co-animateur du groupe d’action Varilhes et canton. Quoi de plus concret lorsque l’on désire participer à l’élaboration des politiques publiques que de s’engager au niveau local, dans la gouvernance de sa commune ? Pour celles et ceux qui souhaiteraient tenter l’aventure et monter des collectifs citoyens,  les groupes d’action de la France Insoumise en Ariège organisent un cycle de conférences pédagogiques, à destination des futurs élu.e.s, baptisé les « Ateliers Municipaux ». Ces réunions publiques auront lieu à Foix dans les mois à venir. Elles porteront sur divers thèmes liés à la gestion des communes : la réforme territoriale, le rôle des élu.e.s, la démocratie locale, et les finances. Le premier atelier aura lieu le samedi 12 octobre de 14h à 18h à la maison des associations de Foix, et sera animé par Monsieur Léon Pierre Galy Gasparrou, ancien maire de Massat, en présence de la députée Bénédicte Taurine.

Enfin, le Forum s’est terminé par une conférence/débat sur le Front Populaire, proposée par François Lafon,  co-animateur du groupe d’action FI du Vicdessos, historien et maître de conférence à l’université Paris-I- Panthéon-Sorbonne. François nous a livré un récit original des événements politiques qui ont marqué notre pays juste avant la Seconde Guerre Mondiale, décrivant l’élection du Président Léon Blum sur le programme du Front Populaire, et les coulisses de la coalition gouvernementale qui se forma alors entre la Section française de l’Internationale ouvrière, le Parti Radical et le Parti Communiste entre 1936 et 1938.

Cette conférence et le débat qui a suivi ouvrent la porte à la construction d’une nouvelle fédération populaire, qui rassemblerait toutes les forces progressistes de notre pays et au-delà, afin de bâtir enfin la société humaniste et écologiste que nous sommes nombreuses et nombreux à désirer avec tant d’ardeur. Qui sait ? Nous pourrions en poser les fondations en Ariège…

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Forum citoyen “Un air de Front populaire”
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