Faut-il réouvrir la mine de Salau ?

par | 6 Jan, 2019

En Ariège le groupe thématique « Ecologie » de la France Insoumise a pris position contre la réouverture éventuelle de la mine de Salau. Non pas parce qu’il serait contre l’industrie ou contre la création d’emplois, mais parce que chaque fois qu’un projet est lancé il faut examiner ses avantages et ses inconvénients. Et là, il n’y a pas de doute, ce projet serait très négatif.

Il faut tout d’abord préciser la nature du projet…

En Ariège, dans le haut Couserans près des sources de la rivière Salat, la mine de Salau a été exploitée pour son tungstène de 1971 à 1986.  A cette date la mine avait fermé du fait de la baisse du cours du tungstène (-50%) mais aussi vraisemblablement à cause des problèmes sanitaires générés par la présence d’amiante dans la roche extraite.
En 2016 un permis de recherche minière a été octroyé pour le tungstène et l’or à la société Variscan Mines sur presque tout le territoire de la commune de Couflens-Salau, en dépit de l’opposition de la commune et d’habitants de la vallée. La société Variscan Mines est une filiale de la société d’exploration et d’exploitation minière Variscan Limited à capitaux australiens et singapouriens. Une multinationale donc.

Création d’emplois :
Bien sûr il y aurait des créations d’emploi, mais doit-on croire Variscan lorsqu’elle promet la création de plusieurs centaines d’emplois et jusqu’à 1 000 emplois induits alors que la mine de tungstène autrichienne de Mittersill, considérée comme une référence, n’a que 80 emplois, 55 à la mine et 25 au traitement du minerai pour une production importante de 1 800 tonnes de tungstène en 2013. De toutes  façons on connait la facilité avec laquelle les entreprises promettent des emplois lorsqu’elles veulent séduire les habitants et les autorités et plus personne ne devrait prendre leurs promesses au sérieux. D’autre part les nouveaux emplois seront très techniques et vraisemblablement peu d’Ariégeois y trouveront leur compte.
Et combien d’emplois seraient perdus avec la dégradation de l’environnement, les pollutions, la noria des camions ?

L’impact de l’activité d’une mine n’est pas sans répercussion sur l’environnement et la santé des travailleurs et des habitants.

Les problèmes sanitaires :
Décidément la perspective d’un nouveau projet de mine pose d’incontournables questions de santé publique pour les travailleurs et pour la population. Du temps de l’activité de l’ancienne mine, l’excavation, le concassage, le broyage et le transport du minerai, libéraient des fibres de type amianté issues de l’actinolite « disséminée dans la roche encaissante et donc non repérable à l’oeil » selon les travaux d’Henri Pézerat, maître de recherche au CNRS (« Rapport sur les risques liés à la présence d’amiante à la mine de Salau » 8 janvier 1986). L’ancien directeur de la mine, M. Faure, avait admis les conclusions d’une étude intitulée « Etude de l’empoussièrement fibreux à la mine de Salau (Ariège) » faite en 1984 par Mr Boulmié, ingénieur du BRGM, docteur en sciences physiques qui a étudié les  poussières en suspension dans l’air des galeries : 50% des fibres analysées étaient de l’actinolite, une forme d’amphibole-amiante.
C’est un fait que le degré d’exposition des travailleurs aux fibres asbestosiques, selon les pourcentages qui ont été retenus par le directeur de la mine, dépassaient beaucoup (5 à 7 fois) la Valeur Limite d’Exposition Professionnelle  aux fibres d’amiante sur 8 heures fixée à 10 fibres par litre par le décret de 2012 !… Le malheur étant qu’à l’époque, soit une dizaine d’années avant l’interdiction de l’amiante survenue en 1997, la norme en vigueur pour le niveau d’empoussièrement à ne pas dépasser était de 2000 fibres par litre d’air.
La présence d’arsénopyrites et de silice renforce la dangerosité de ce gisement que confirment le témoignage d’une infirmière et ceux de quatre médecins. L’ancienne exploitation a causé de nombreuses pathologies pulmonaires comme l’écrit Mme Annie Thébaud-Mony, directrice honoraire de recherche à l’INSERM, dans son « Rapport concernant les risques sanitaires de l’ancienne mine de Tungstène Salau (Ariège) » : « En mai 1986 nous avions recensé quatorze cas d’atteintes respiratoires » soit neuf cas d’asbestoses, trois cas de silicose et deux décès par cancers broncho-pulmonaires sur 150 travailleurs. Mais comme le pointe la chercheure spécialiste des maladies professionnelles, aucun suivi n’a été organisé sur les ouvriers qui se sont dispersés au loin à la fermeture de la mine. Toutefois un recueil de témoignages parmi les familles encore joignables a fait apparaître depuis cette époque plus de vingt décès dus à ces types d’affections pulmonaires.

L’environnement :
Les déblais de la mine qui a cessé son activité en 1986  sont  toujours en place, entassés près de la mine en amont du village sur les pentes abruptes du ruisseau des Cougnets, affluent du Salat, 700 000 m3 de résidus couleur rouille à forte odeur par temps chaud et sur lesquels la végétation ne peut reprendre 30 ans après. Ces deux grands terrils maintenus par des digues faites de sacs de déchets en piteux état sont facteurs d’une pollution chronique des eaux et de pollution massive potentielle lors de chaque crue. L’étude pilote faite en 2011 par Géodéris révèle des « anomalies » au niveau des résidus de laverie, en teneur d’arsenic, bismuth, tungstène, antimoine… Les concentrations en arsenic rencontrées sur le site sont particulièrement élevées car tous les échantillons sont positifs et le niveau des risques correspond au seuil d’alerte jusque dans les sédiments du ruisseau un peu en aval du terril placé le plus bas.
Une galerie de recherche (25 m2 de section, longueur 2 km) serait ouverte au ras du village, exposant les habitants au bruit, à la boue et à la poussière générés par les camions évacuants les déblais. Plus grave encore : la partie inférieure de l’ancienne mine étant inondée,  la solution de l’évacuer grâce au percement de la galerie de recherche est envisagée et dans ce cas, les milliers de m3 d’eau chargée en différents polluants dont l’arsenic, ne pourraient que venir polluer les ruisseaux et le Salat tout proche.
Pourtant le secteur du permis d’exploration fait l’objet de nombreuses protections légales parmi lesquelles son inclusion dans la ZPS oiseaux de la zone Natura 2000 Massif du Mont Valier et le fait que tout le linéaire du Salat est classé en zone spéciale de conservation au titre de Natura 2000 (arrêté ministériel du 27 mai 2009 portant désignation du site Natura 2000 Garonne, Ariège, Hers, Salat, Pique et Neste). Et le Salat est classé en liste 1 comme réservoir biologique  (arrêté du 7 octobre 2013 établissant la liste des cours d’eau mentionnée au 1° du I de l’article L. 214-17 du code de l’environnement sur le bassin Adour-Garonne).
Le Salat, dans sa partie haute, est un magnifique cours d’eau réellement menacé uniquement par ce site industriel. Faut-il vraiment le ramener comme la plupart des autres cours d’eau au statut de semi-exutoire ?
S’ils étaient mis en œuvre comme annoncés dans le dossier de demande, les survols à basse altitude de recherche géophysique héliportée impacteraient l’avifaune montagnarde dont les Gypaètes nicheurs extrêmement sensibles aux dérangements durant leur longue période de reproduction (mi-octobre à mi-aout). Les sondages porteraient atteinte à la flore riche d’espèces endémiques, à la microfaune et au dense chevelu de ruisseaux et de sources au départ du Salat, rivière de classement patrimonial abritant le Chabot, la truite de souche, le Desman et la Loutre. Heureusement la justice vient de suspendre l’arrêté autorisant ces survols à la demande des associations (octobre 2018).
Enfin, l’intention affichée d’exploiter aussi l’or dans ce gisement, renforce les craintes de pollution des eaux quand on sait que le procédé utilisé est encore celui de la cyanurisation quoi qu’en dise le détenteur du permis !

 

Les effets dévastateurs du cyanure sur la santé et l’environnement :

La technique de « dissolution alcaline avec cyanure » a été fortement développée ces dernières années, car appropriée aux minerais à faible ou très faible teneur en or. Son inconvénient est qu’elle présente de graves risques environnementaux liés à la toxicité aiguë des composés de cyanure, pour l’Humanité comme pour la plupart des autres espèces. L’un des accidents récents les plus graves a été celui de la mine de Baia Mare où en 2000  à la suite de la rupture d’une digue de barrage d’un bassin de décantation, environ 100 000 mètres cubes d’eaux usées polluées par des boues riches en métaux lourds et en cyanures (122 t environ de cyanure) ont pollué la rivière Tisza, y tuant une grande partie de la faune. Plus proche de nous, dans l’Aude, nous avons l’exemple de la mine d’or de Salsigne avec ses paysages désolés, pollués et inaptes définitivement à toute activité.

Le cyanure de sodium, utilisé principalement par l’industrie extractive aurifère, est un composé chimique extrêmement toxique. A tous ses stades de manipulation : transport, stockage, utilisation puis confinement, le cyanure menace sérieusement notre existence. Ses effets sur l’environnement, la santé humaine et la biodiversité, sont catastrophiques et irréversibles. En cas d’accident, au contact de l’eau, le cyanure de sodium produit de l’acide cyanhydrique, un gaz très inflammable qui provoque la mort par asphyxie, comme cela s’est produit en Chine (août 2015) où l’explosion de 700 tonnes de cyanure a causé le décès de 114 personnes et plus de 700 blessés. Déversé dans l’environnement, le cyanure provoque immédiatement l’asphyxie de tout organisme vivant et un violent déséquilibre des écosystèmes.

 

Refuser la réouverture de la mine de Salau, d’accord, mais comment se passer du tungstène ou de l’or potentiellement présents sur ce site ?

Tout d’abord la première question à se poser est : devons-nous exploiter tous les minerais à notre portée jusqu’à épuisement de toutes ces ressources non-renouvelables ou en laisser une bonne partie dans le sol pour les générations suivantes ? La réponse est dans la question : bien sûr que toutes ces ressources appartiennent autant aux générations suivantes qu’à la nôtre. Mais alors quelle partie de ces ressources pouvons-nous exploiter ? C’est difficile de trancher mais on peut penser que, par prudence, il ne faudrait exploiter que la part de minerai strictement indispensable à nos besoins vitaux.

Le tungstène est un métal très dur utilisé principalement :
– très majoritairement pour l’usage militaire. Le tungstène est usiné pour les ogives, têtes d’obus et autres douceurs du même genre. Au point que les cours du tungstène suivent l’évolution des conflits dans le monde. Annoncez une guerre et les cours vont flamber.
– l’aviation militaire et civile.
– et enfin le secteur industriel : pointes de coupes, pièces soumises à fortes contraintes. C’est  un peu moins de 10% du tungstène utilisé.

Un système économique rationnel et responsable favorisera donc le recyclage de tous les matériaux et particulièrement des métaux qui s’y prêtent très bien. Notamment les objets doivent être conçus pour faciliter le recyclage de tous leurs composants.

Quant à l’or, les réserves mondiales sont immenses et permettront de fabriquer tous les circuits imprimés que l’on veut pendant des siècles. Mais là aussi le recyclage doit être la règle.

De plus il est nécessaire que nous commencions à pratiquer la sobriété. La société de consommation  a montré ses limites et ses dérives, nous devons revenir à un peu plus de sagesse et de modération. Elle ne nous a pas apporté le bonheur, tournons-nous vers d’autres ambitions et d’autres valeurs. Bien entendu en assurant la satisfaction des besoins élémentaires de toutes et tous.

En résumé, le peu d’emplois locaux nouveaux que représenteraient l’exploration et plus tard l’exploitation du gisement de Salau, n’autorise pas à passer outre aux conséquences sur les rivières, sur la santé des travailleurs, celle des populations, et sur les activités économiques que permet le maintien du bon état de l’environnement au long des rivières, à commencer par leur tête de bassin versant en montagne.

L’ensemble de ces éléments nous conduisent à refuser la réouverture de cette mine pour ne pas nuire au développement harmonieux de la vallée du Salat et de la montagne ariégeoise.
Si nous voulons vraiment développer l’économie locale tout en améliorant la qualité de l’environnement et de nos ressources en eau, rassemblons les énergies et les financements pour dépolluer définitivement le Haut Salat.

Nous voulons saluer ici le travail des associations, Stop Mine Salau, le Comité Ecologique Ariégeois, le Chabot, la Ligue de Protection des Oiseaux, l’association Henri Pézérat, et de la commune de Couflens dont fait partie Salau, travail qui a permis de sensibiliser la population et certains élus à la question de la réouverture de cette mine. Nous nous sommes d’ailleurs largement inspirés de leur travail et nous les en remercions.

CE QU’EN DISENT NOS DEUX DÉPUTÉS ARIÉGEOIS :

> Bénédicte Taurine :
« Je joins ma voix à celle des associations et syndicats de l’Ariège pour demander une dépollution totale et complète du site minier… » (extrait de l’interpellation du ministre d’État, ministre de la transition écologique et solidaire, le 27 novembre 2017 – voir le texte complet)
Bénédicte Taurine a également signé le moratoire sur l’utilisation du cyanure (voir le texte)

> Michel Larive : 
« On ne peut décemment envisager la réouverture de cette mine tant qu’on n’a pas dépollué entièrement le site (terrils compris) et évalué sérieusement le risque amiantifère (si danger –> pas de mine). Est-ce que le jeu (économie, emplois) en vaut la chandelle (santé, pollution, nuisances) ? »

Extractivisme et emplois

Les impacts humains et environnementaux des mines et des forages pétroliers dans les pays dits en développement sont largement documentés : guerre civile au Soudan ou au Nigeria, conflits armés et travail des enfants en République Démocratique du Congo, pollutions et cancer à Baotou en Chine, déplacements et répression des populations au Pérou, etc.
Moins nombreux sont ceux qui savent que les problématiques de dénis de démocratie, et les lourds dégâts environnementaux et sanitaires causés par les projets extractifs sont aussi monnaie courante dans les pays dits développés.

La France notamment n’est pas épargnée, alors qu’on assiste depuis quelques années à un discret renouveau extractif dans notre pays, à l’insu de la majorité de la population.
Cette relance de l’exploitation de notre sous-sol, impulsée par les industriels, est promue par le gouvernement.
Plus concrètement, ce renouveau extractif passe par le dépôt de demandes et la délivrance de permis quadrillant petit à petit tout notre territoire, en métropole et en outre-mer. Pourtant, les populations de Salsigne ou de Lacq peuvent témoigner des impacts sanitaires et environnementaux des exploitations passées qu’elles subissent encore aujourd’hui.
Conscient de ces enjeux, un fort mouvement anti-gaz et huiles de schiste puis anti-mines s’est créé en France.

Cette promotion du renouveau extractif en France passe d’abord par la communication et la diffusion de fausses vérités visant à convaincre la population de la possibilité de mines et forages « propres et responsables », et la création d’emplois, afin obtenir ainsi « l’acceptabilité́ sociale » nécessaire au développement de ces projets.

Pour répondre aux besoins de la population locale, nombres d’emplois pourraient être créés et la France Insoumise se bat pour cela :
• Ceux qui font cruellement défaut ou sont assurés dans des conditions précaires dans les Services Publics (santé – écoles – cantines scolaires – transports scolaires – services de la Poste…) et l’accompagnement des personnes âgées,
• Ceux que demanderaient une autre agriculture, paysanne et productive d’une alimentation saine,
• Ceux pour la rénovation et l’isolation thermique des bâtiments anciens, majoritaires chez nous,
• Ceux pour le développement des énergies renouvelables, 
• Sans oublier ceux pour la dépollution intérieure et extérieure de la mine.

« Pour les tenants du système, l’écologie est une question à part. C’est tout l’inverse. L’urgence écologique est une question fondamentale. C’est autour et à partir de l’exigence écologique que doit se penser toute la politique de la Nation. Pour cela, la préoccupation écologique doit être inscrite au sommet de la hiérarchie des normes et de l’activité de l’État. Le temps de l’écosystème, c’est le temps long. Le temps court de la finance et du productivisme saccage tout. La reconquête du temps long est la principale exigence. C’est le but de la planification écologique : mettre en cohérence dans le temps et dans l’espace les mesures nécessaires pour faire bifurquer le modèle de production, de consommation et d’échanges. »

L’avenir en commun, programme politique de La France Insoumise, chapitre « Ecologie »

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